Une tour de 148 m stocke l'électricité avec des blocs de béton
À Rudong, en Chine, une tour de béton haute de 148 mètres sert de batterie géante. Pas de lithium, pas de produits chimiques : de simples blocs lourds qu'on monte quand l'électricité est abondante, et qu'on laisse redescendre quand elle manque. L'idée a l'air d'un jouet de Lego géant. Elle fonctionne, mais elle n'est pas près de remplacer les batteries de ton téléphone ou de ta voiture.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet, signé de l'entreprise Energy Vault, se trouve à Rudong (Chine). Il offre 25 MW de puissance et 100 MWh de capacité, soit environ quatre heures à pleine puissance.
- Le principe : des treuils soulèvent des blocs de béton avec le surplus d'électricité, puis les blocs redescendent et produisent du courant.
- Le rendement annoncé est d'environ 80 % : sur 100 unités d'électricité stockées, on en récupère à peu près 80. Pour l'instant, c'est une valeur annoncée par le constructeur.
- Durée de vie annoncée : 35 ans, sans risque d'emballement thermique (l'incendie typique des batteries lithium).
- Le gros point faible : le lithium coûte beaucoup moins cher et se déploie par petits modules.
Le principe : une batterie qui stocke de la hauteur
Quand tu soulèves un objet lourd, tu dépenses de l'énergie. Cette énergie n'a pas disparu : elle est stockée dans la hauteur de l'objet. Si tu le laisses retomber, tu la récupères. C'est exactement ce que fait une retenue d'eau en montagne, qu'on appelle une STEP (station de transfert d'énergie par pompage) : on pompe l'eau vers le haut, puis on la laisse redescendre dans des turbines.
La tour de Rudong remplace l'eau par du béton. Selon Révolution Énergétique, des treuils montent les blocs lorsqu'il y a trop d'électricité sur le réseau, par exemple en plein soleil. Quand la demande grimpe, les blocs redescendent et l'énergie libérée est reconvertie en électricité. Le bâtiment mesure 110 mètres de côté pour 148 mètres de haut.
Des chiffres qui parlent
- 25 MW de puissance : de quoi alimenter beaucoup de logements en même temps, mais pas pendant longtemps.
- 100 MWh de capacité : 25 MW pendant quatre heures. À titre de comparaison, un foyer français consomme de l'ordre de 12 kWh par jour (estimation moyenne) : 100 MWh représentent donc la consommation quotidienne d'environ 8 000 foyers.
- 80 % de rendement : c'est proche des STEP récentes comme celle de Nant de Drance, en Suisse, que cite l'article.
- 35 ans de durée de vie annoncée, voire plus avec un bon entretien.
Pourquoi faut-il une tour aussi énorme ? Petit calcul d'ordre de grandeur, qui ne vient pas du constructeur : soulever une tonne de 100 mètres ne stocke qu'environ 0,27 kWh. Pour arriver à 100 MWh, il faut donc déplacer des centaines de milliers de tonnes. La hauteur et la masse sont la seule « matière première » de ce type de batterie.
Ce qui est prouvé, ce qui est promesse
Côté preuves : d'après la page du projet sur le site d'Energy Vault, l'installation a été testée, mise en service avec les autorités du réseau local et raccordée. Côté promesses : le rendement de plus de 80 % et les 35 ans de vie sont présentés comme des projections sur cette même page. Aucune mesure indépendante sur la durée n'est publiée à notre connaissance.
Autre avantage mis en avant : le réservoir de stockage se dégrade très peu avec le temps, contrairement à une batterie lithium qui perd de la capacité à chaque cycle. Et un bloc de béton ne peut pas s'enflammer.
Alors, ça change quoi ?
Pour toi, rien de direct : ce genre de tour ne se glisse pas dans une voiture ni dans un smartphone. Son rôle, c'est le réseau électrique. Avec le solaire et l'éolien, on produit parfois trop, parfois pas assez ; il faut un endroit où garder l'énergie quelques heures. On a vu dans ce mystère du réseau électrique et ses batteries à quel point ces réglages se jouent à la seconde près.
Face au lithium, le béton a un gros handicap. Révolution Énergétique le dit sans détour : les batteries lithium sont modulaires et leur coût d'investissement est bien plus bas, ce qui pourrait faire oublier le stockage gravitaire. D'autres pistes cherchent aussi à éviter le lithium, comme l'électrolyte sodium ininflammable.
À quelle échéance ? L'installation existe déjà, mais c'est une niche : elle sert à prouver qu'une alternative est possible. Le prix et la facilité de construction décideront si ce type de tour se multiplie ou reste une curiosité. Ni la source ni Energy Vault ne donnent ici le coût du projet : sans ce chiffre, impossible de juger sa rentabilité.
Ce que la source ne dit pas
- Le poids et le nombre de blocs.
- Le coût total de la tour.
- Des mesures de rendement réelles, après plusieurs mois d'exploitation.
C'est précisément ce qu'il faudra regarder avant de crier au miracle.
Préparé avec l'aide de l'IA à partir des sources, puis relu et validé par Valentin Fouilloud avant publication. Comment on travaille